photo : les enfants d'Auschwitz.
GENOCIDE,
Ma quête de mots; mes mots.
Je croyais vraiment qu'ils avaient un pouvoir immense, intense. Que, dès que la musique dans ma tête avait retentit, le grand horizon ne pouvait plus s'arrêter de s'étendre au delà des frontières de l'imagination. Que toute cette recherche d'intelligence qui fait grandir, qui fait aimer n'avait pas de limite et que l'amour est bien plus fort que la mort... la beauté vaincra.
Les mots... je croyais vraiment que ceux-là avaient un pouvoir... Non, ce n'est pas grand chose, ce n'est rien à côté de ça. La haine les a tués. La haine des Hommes n'est qu'un un immense vertige, un gouffre sans fin dans lequel sont tombés les million d'innocents et toute forme d'humanité, et tout ce que le monde a de meilleur... Tous les mots, tous les adjectifs et les verbes n'ont plus aucun sens, et c'est bien là la pire des choses : c'est incalifiable. C'est plus puissant que tout ce que l'on peut imaginer. Pendant quelques années, on a laissé la haine s'emparer des coeurs et des âmes; et on lui a inventé une philosophie, une méthode de pensée, une politique. L'Institualisation de la Haine.
Oubliez les mots... ils sont accessoirs. Oubliez mes mots, ils ne valent rien à côté de ça. N'écoutez pas ce que je vous dis... écoutez plutôt le son de ma voix qui commence à trembler, qui faillit sous leur souffrance, regardez la lueur dans mes yeux qui commence à briller de plus en plus fort. Et regardez tout autour de vous, est-ce que cela est terminé ? Voyez toutes ces lumières qui sont prêtent à vous percer les yeux, qui s'étendent dans votre champ de vision telles des tâches d'aquarelles. Elles approchent, elle approchent mais rien ne vient, rien n'est possible... là-bas, pleurer c'est déplacé. Ce n'est pas à la hauteur, ça n'a absolument aucune valeurs, ce n'est rien. Alors continuez la marche, continuez de froler ce sol qu'ils ont froler, et ravalez votre souffrance pour qu'elle explose à l'intérieur.
Oui... maman, papa, mes amis, tout ce que j'ai pu dire ce n'est rien, ce ne sera jamais assez et je me torture l'esprit à essayer de trouver ces putains de mots, arriver à faire passer mes émotions sur mon visage. Rien, ce ne sera jamais assez. Je suis impuissante, nous le sommes tous devant tant de haine. Pendant des années ce Mal à gagné et depuis le monde essaye de s'en remettre. Plus rien n'est à la hauteur, tout est déplacé. Ils ont vécus l'enfer, et je l'ai vu.
Parce que si il y'a bien un enfer sur terre, c'est là bas. Je pense que tout les gens qui n'y sont pas allés, qui n'ont pas marché sur ces terres-là, ne savent pas tout à propos de la Shoah. A Auschwitz il n'y a que les corbeaux qui chantent, et le vent transporte toujours les même vibrations, les ondes de souffrance qui ne cessent de danser autour de vous et qui vous soulève le coeur lorsque vous passez la porte "Arbeit macht frei", lorsque vous passez devant le bloc 10 du Dr. Mengele, lorsque vous êtes à côté des fours, lorsque que vous êtes dans les chambres à gaz, lorsque vous passez la grande porte de Birkenau par laquelle arrivait les trains... lorsque vous regardez dans les yeux, et plus profondément encore, Mr. Bloch. Et mes bras et mes jambes flanches, mon cerveau est en arrêt... litéralement soumit à la souffrance et à l'incompréhension... mon coeur se tord dans tous les sens et mon âme hurle. A l'intérieur je flambe, des flamme bleues et électriques lèchent tous mes organes.
Je ne peux pas passer à autre chose, je ne peux pas penser à autre chose... je revois encore le paysage de Pologne, de Cracovie... tout autour d'Auschwitz, dans un rayon d'au moins 50 km, tout semble être contaminé par la laideur et la crasse. A la fin de la journée, je me rappelle de ce soleil qui allait se cacher derrière les baraquements des femmes de Birkenau... là-bas, le soleil brille différemment, il est pâl et froid et ne laisse qu'une caresse glacée sur la peau au lieu de rentrer en elle et de réchauffer le coeur. Je me souviens avoir détesté cet infâme soleil d'hiver sans âme. Je ne peux pas oublier l'odeur de Birkenau, de l'eau de Birkenau... et encore aujourd'hui, quand je pose mon nez sur la pierre que j'ai ramassée sur la rampe de sélection, je peux encore sentir les morts, je peux encore sentir les cendres.
Je ne peux pas oublier... parce que lorsque tu sors d'Auschwitz tu n'es plus qu'un spectre. Auschwitz c'est le néant absolu, le néant avec beaucoup de sens; Auschwitz c'est la résurrection continuelle de la mort; Auschwitz ce n'est pas juste des camps de concentrations et d'extermination, c'est ce qu'il y'a de pire en l'être humain, c'est le cauchemar devenu réalité, c'est la maison du Mal et la déchéance de l'humanité et de l'amour.
A toutes les victimes des génocides, aux un million cinq cents milles Arméniens d'Anatolie; aux six million de Juifs qui ont périt dans les camps ou sous les balles des einsatzgruppen; aux deux cents vingt milles Tziganes; aux huit cents milles Rwandais; aux un million sept cents milles Cambodgiens; aux deux milles à huit milles Bosniaques; aux deux million de Roumains; au peuple Tchétchène déporté par Staline; aux Amerindiens; aux Aborigènes; aux Algériens; aux esclaves noirs; aux Hereros; à toutes les victimes des famines organisées, de guerres civiles, au Darfour dont plus personne ne parle...
I do believe...
you were strong in forming violence !
We were strong performing silence...
Love is strong, hearing as loud as gunfire away, constantly dreaming of another way.
Hanna.